Certifié sans ratures ni fausses blessures.

Racisme et culture.

le 03/07/2007 à 23h40
Extraits de l'intervention de Frantz Fanon au premier Congrès des écrivains et artistes noirs à Paris, septembre 1956. Publié in "Pour une révolution Africaine, écrits politiques de Frantz Fanon" Editions La Découverte.

(...)
  Mais l’homme visé par le racisme, le groupe sociale asservi, exploité, désubstansialisé, comment se comportent-ils ? Quels sont les mécanismes de défense ?
Quelles attitudes découvrons-nous ici ?
   Dans une première phase, on a vu l’occupant légitimer sa domination par des arguments scientifiques, la « race inférieure » se nier en tant que race. Parce que nulle autre solution ne lui est laissée, le groupe social racialisé essaie d’imiter l’oppresseur et par là le déracialiser. La « race inférieure » se nie en tant que race différente. Elle partage avec la race supérieure les convictions, doctrines et autres attendus la concernant.
   Ayant assisté à la liquidation de ses systèmes de référence, à l’écroulement de ses schèmes culturels, il ne reste plus à l’autochtone qu’à reconnaître avec l’occupant que « Dieu n’est pas de son coté ». L’oppresseur par le caractère globale et effrayant de son autorité, en arrive à imposer à l’autochtone de nouvelles façons de voir, singulièrement un jugement péjoratif à l’égard de ses formes originales d’exister.
   Cet événement désigné communément aliénation est naturellement très important. On le trouve dans les textes officiels sous le nom d’assimilation.
   Or cette aliénation n’est jamais totalement réussie. Parce que l’oppresseur quantitativement et qualitativement limite l’évolution, des phénomènes imprévus, hétéroclites, font leur apparition.
   Le groupe infériorisé avait admis, la force de raisonnement étant implacable, que ses malheurs procédaient directement de ses caractéristiques raciales et culturelles.
   Culpabilité et infériorité sont les conséquences de cette dialectique. L’opprimé tente alors d’y échapper d’une part en proclamant son adhésion totale et inconditionnelle aux nouveaux modèles culturels, d’autre part en prononçant une condamnation irréversible de son style culturel propre.
   Pourtant la nécessité pour l’oppresseur, à un moment donné, de dissimuler les formes d’exploitation n’entraîne pas la disparition de cette dernière. Les rapports économiques plus élaborés, moins grossiers, exigent un revêtement quotidien mais l’aliénation à ce niveau demeure épouvantable.
   Ayant jugé, condamné, abandonné ses formes culturelles, son langage, son alimentation, ses démarches sexuelles,  sa façon de s’asseoir, de se reposer, de rire, de se divertir, l’opprimé, avec l’énergie et la ténacité du naufragé, se rue sur la culture imposée.
  Développant ses connaissances techniques au contact de machines de plus en plus perfectionnées, entrant dans le circuit dynamique de la production industrielle, rencontrant des hommes de régions éloignées dans le cadre de la concentration des capitaux, donc des lieux de travail, découvrant la chaîne, l’équipe, le temps de production, c’est-à-dire le rendement à l’heure, l’opprimé constate comme un scandale, le maintient à son égard du racisme et du mépris.
  C’est à ce niveau qu’on fait du racisme une histoire de personnes. « Il existe quelques racistes indécrottables, mais avouez que l’ensemble de la population aime… »
  Avec le temps tout cela disparaîtra.
  Ce pays est le moins raciste…
   Il existe à l’ONU une commission chargée de lutter contre le racisme.
   Des films sur le racisme, des poètes sur le racisme, des messages sur le racisme…
   Les condamnations spectaculaires et inutiles du racisme. La réalité est qu’un pays colonial est un pays raciste. Si en Angleterre, en Belgique ou en France, en dépit des principes démocratiques affirmés par ces nations respectives, il se trouve encore des racistes, ce sont ces racistes qui, contre l’ensemble du pays, ont raison.
   Il n’est pas possible d’asservir des hommes sans logiquement les inférioriser de part en part. Et le racisme n’est que l’explication émotionnelle, affective, quelques fois intellectuelle de cette infériorisation.
  Le raciste dans une culture avec racisme est donc normal. L’adéquation des rapports économiques et de l’idéologie est chez lui parfaite. Certes l’idée que l’ont se fait de l’homme n’est jamais totalement dépendante des rapports économiques, c’est-à-dire, ne l’oublions pas, des rapports historiquement et géographiquement entre les hommes et les groupes. Des membres de plus en plus nombreux appartenant à des sociétés racistes prennent position. Ils mettent leur vie au service d’un monde où le racisme serait impossible. Mais ce recul, cette abstraction, cet engagement solennel ne sont pas à la portée de tous. On ne peut exiger sans dommages d’un homme qu’il soit contre les « préjugés de son groupe ».
  Or, redisons-le, tout groupe colonialiste est raciste.
  A la fois « acculturé » et déculturé, l’opprimé continue à buter contre le racisme. Il trouve illogique cette séquelle. Inexplicable ce qu’il a dépassé, sans motif, inexact. Ses connaissances, l’appropriation de techniques précises et compliquées, quelques fois sa supériorité intellectuelle, eu égard à un grand nombre de racistes, l’amènent à qualifier le monde raciste de passionnel. Il s’aperçoit que l’atmosphère raciste imprègne tous les éléments de la vie sociale. Le sentiment d’une injustice accablante est alors très vif. Oubliant le racisme-conséquence on s’acharne sur le racisme cause. Des campagnes de désintoxication sont entreprises. On fait appel au sens de l’humain, à l’amour, au respect des valeurs suprêmes…
  En fait le racisme obéit à une logique sans faille. Un pays qui vit, tire sa substance de l’exploitation de peuples différents, infériorise ces peuples. Le racisme appliqué à ces peuples est normal.
  Le racisme n’est pas donc une constante de l’esprit humain.
  Il est, nous l’avons vu, une disposition inscrite dans un système déterminée.
 (…)
  Découvrant l’inutilité de son aliénation, l’approfondissement, l’infériorisé, après cette phase de déculturation, d’extranéisation, retrouve des positions originales.
  Cette culture abandonnée, quittée, rejetée, méprisée, l’infériorisé s’y engage avec passion. Il existe une surenchère très nette s’apparentant au désir de se faire pardonner.
  P.S : Ce n'est qu'une première partie, parce que c'est chiant de copier...

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