Certifié sans ratures ni fausses blessures.

Vise Moi ça

le 12/05/2008 à 23h37

« Le Haschisch du peuple»

 

                                                     Chaptire premier


Trrrrrrrrrrrrrrrrrrrr.
Le bruit tonitruant d’une moto roulant à quelques mètres de son lit le réveilla hébété. Nulle pensée ne put se former dans son esprit pendant le passage de l’engin où  il fut réduit à constater impuissamment qu’il avait des tympans et que ces derniers étaient assez sensibles aux passages de certains véhicules.  Une toux effroyable lui secoua les deux poumons pour en extirper un crachat qu’il serait bien malséant de décrire. Le destin de cette viscosité le préoccupa un instant avant qu’il ne se résigne à le confier à un mouchoir en papier qu’il attrapa, au prix d’un étirement assez pénible du bras droit, bien évidemment dans la main droite. Il maudit religieusement Hamid, ce bandit fils de scélérat et du même coup sa famille, sa religion et émit en privé des déclarations mettant en doute les orientations sexuelles communément admises du scélérat père de bandits et de prostituées, puisque Hamid n’était en effet qu’un actionnaire de l’entreprise familiale. Il maudit également l’instrument du diable qu’enfourchait ce criminel, une Peugeot 103 SP kitéisée pour les besoins du métier.  Ceci dit, il maudit religieusement sans trop y croire, sans en fait y croire du tout, puisque pour lui, toutes ces questions métaphasiques et théologiques étaient des plus subsidiaires, seule le préoccupait la manière dont il devait se sortir de sa merde natale dans laquelle il continuait à patauger. Un mouchoir souillé était bien palpable, quant à Dieu…Le destin du mouchoir en papier contenant la viscosité qu’on s’est refusé de détailler l’aspect par civilité s’imposa à lui comme une question qu’il résout en balançant son bras en dessous du lit. Il entreprit d’essayer de se rendormir. Fermant les yeux, il ressentit un voile rêche lui couvrir tout le corps ainsi que l’impression d’avoir avalé une quantité de plomb. Il n’eut pas cru que son voyage, qui dura une semaine, allait endommager si profondément son état de santé, mais les perspectives d’avenir qui s’en dégageaient valaient amplement toute cette peinante et hasardeuse entreprise.
Il balaya sa chambre du regard pour se distraire, mais eut bien vite à le regretter, puisqu’il découvrit la présence clandestine d’un lézard lézardant sur le mur en face de ses yeux consternés. Il pensa toute de suite à sa mère, la simple et bénigne vue d‘un de ces reptiles, qui n’était là que pour réguler sa température intérieure, inspirait à la bonne femme le plus profond dégout, sans parler des superstitions selon lesquelles ce paisible animal deviendrait, au contact du sel, l’agent d’une maladie incurable, lberss , auxquelles elle adhérait sans le moindre scepticisme. Tuer le reptile lui semblait être bien plus raisonnable que de tenter de le démystifier auprès de sa mère puisque l’opération serait l’occasion pour cette dernière de lui rappeler qu’il n’était pas médecin et que d’ailleurs; et c’est bien exactement cette constatation – objective - qu’il voulait esquiver; il ne fut même pas foutu d’avoir son bac. Les seules issues qui l’eurent ménagé étaient le contact télépathique ou la mort subite et inexplicable du quadrupède – d’ailleurs l’était-il vraiment, quadrupède ? – mais l’une n’était absolument pas pragmatique et l’autre fort peu probable. L’alternative cruelle, occire discrètement le clandestin ou risquer les foudres verbales de la mère, ne lui laissa aucune marge de manœuvre. Le moment n’est pas à la tergiversation ni au doute méthodique quant au bien fondé des croyances maternelles. Un balai providentiel en situation et position régulières se tenait à l’autre bout de la chambre, à deux mètres et des broutilles. Il prit son courage à une main, car l’autre devait servir à saisir le balai, et se leva, d’un coup. Il senti un virevoltant vertige le prendre, il s’appuya des mollets sur la bordure du lit et de la main libre sur le mur. Il pense maintenant à torturer l’animal.  Le vertige se dissipe ainsi que sa pensée délictuelle et il marche maintenant vers le bout de bois, le saisit et achève d’un coup l’affaire qu’il mit dans un sac plastique destiné à la poubelle.
Il s’assit sur son lit pour se remettre de toute cette agitation. Il a envie de fumer, il a maintenant besoin de fumer et dans ce pays on ne badine pas avec le syndrome de sevrage, si bien que le makhzen veille bien à ce que tout le monde soit bien approvisionné, au prix stationnaire et unitaire d’un dirham, des cigarettes plébéiennes qui portent le nom bien aristocratique de Marquise. Il trouve en en cherchant dans les poches de son futal ce dernier dans un lamentable état : il fallait le cacher de la vindicte de la mère, et réalisa, par la même manœuvre, qu’il ne lui restait plus de clopes. Il devait quitter sa chambre, traverser le séjour, le couloir menant à la porte d’entrée qu’il fallait déverrouiller pour accéder à l’extérieur. Tout cela devrait être exécuté avec la grande discrétion, dans le plus profond mutisme, pour ne pas attirer l’attention de la mère puisqu’il n’était point préparé à l’entretien exhaustif, ayant pour thème le voyage, auquel elle risquait fort de le soumettre. Il palpa visuellement la situation par l’entrouverture de la porte ainsi qu’il huma sonorement le contexte ; l’ambiance était monacale et le bilan, du coup, positif : il pouvait sortir.

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